Mise au point

 

Ce site évoque mon parcours de comédien-musicien vu par le prisme d’un outil qui a changé mon existence :

la scie musicale.

Aussi, bien que ma carrière ait débutée dans les années 70, je ne ferai allusion qu’à des événements postérieurs à l’année 1990, date où « tout a commencé ».

Travaillant pour ma compagnie (Speedy Banana) à l’écriture de « Welcome », spectacle d’horreur aux effets grand guignolesques,

Je décide d’apprendre la scie musicale pour le son fantomatique qu’elle produit et son aspect inquiétant.

J’achète une grande lame chère et quasiment impraticable dans un grand magasin de musique parisien dont je tairai le nom et ne vous dirai pas qu’il est à Bastille.

Après avoir galéré durant une bonne après midi sur l’engin cité plus haut, je reçois l’appel d’une amie clown.

Je lui explique ce que je tente de faire, elle me dit avoir le numéro d’un vieux monsieur qui joue de la scie dans le métro.

J’appelle le vieux monsieur :

  • Bonsoir, je viens d’acheter une scie…

  • Une scie musicale ?

  • Oui …

  • Quelle drôle d’idée !

  • Pourquoi ?

  • Moi, dit-il, j’ai une Peugeot !

Nous convenons d’un rendez vous 3 jours après.

Un peu déçu par moi même, car toujours aimé regarder dans les bennes comment c’est beau pour bâtir mes spectacles, je fonce vers mes outils et essaye avec ma scie égoïne : une Sandvik 297.

Là, ce fût une révélation car j’y suis parvenu très rapidement.

Le mouvement, les écarts entre les notes, tout cela m’a paru simple et naturel.

Tellement simple, et ayant si peu d’efforts à fournir que je n’ai pas vu de suite le cadeau énorme que me faisait cet instrument.

Lorsque je rencontre Samuel (le vieux monsieur) je suis presque déjà à son niveau.

À l’époque je pratiquais la guitare sèche et électrique, la basse et le trombone à coulisse.

J’étais fasciné par les guitar heroes et je voulais en devenir un.

Il fallait pour cela travailler pendant des heures, chaque jour.

Je ne voyais pas l’intérêt de ce bout de métal au son étrange.

Je l’ai utilisé dans mes spectacles mais elle est restée rangée durant des années avec mes décors.

Et puis il y eu 2004…

Ayant perdu mon statut d’intermittent du spectacle suite à la série de grèves de 2003, je décide avec une copine ayant jouée avec moi chez Cacahuète, de monter un spectacle de rue sur le thème de « la manche ».

Nous partions du principe que tout le monde donne pour une cause et avions catégoriser ces causes : la pitié, l’originalité, la poésie, l’humour, la virtuosité etc…

La copine était tellement fauchée qu’elle n’a pas eue assez de sous pour payer l’essence pour me rejoindre au festival de  Chalon dans la rue.

Décidé à essayer tout de même, je joue le spectacle tout seul.

Bien que très bancale, ma conférence sur la manche fait rigoler mais n’atteint pas son but premier : on ne me donne pas un sou.

Arrive le moment prévu où je sors ma scie et joue un morceau.

Grand silence, applaudissements et … Je vois tout le monde mettre la main à la poche pour me donner quelque chose !

Je vérifie en jouant un second morceau : même résultat…

Alors je me dis : « Laisse tomber la guitare, les perruques, la peau d’ours et la cantine très lourde, car le bout d’acier que tu tortilles entre tes genoux a beaucoup plus de choses à t’apporter que tout le reste ! »

C’est donc ainsi que cela à commencer.